EXITUS ne se présente pas comme un guide exhaustif pour échapper à l’emprise des GAFAM. Son objectif est davantage de partager mon expérience : comment, progressivement, j’ai réduit ma dépendance à leurs services.
Je ne suis ni un militant du logiciel libre, ni un adepte inconditionnel de Linux ou de GrapheneOS. J’ai conservé mes comptes Google et Microsoft, et je les utilise encore ponctuellement, quand la situation l’exige.
Cependant, depuis début 2025, le contexte géopolitique — et surtout la posture des États-Unis — a suffi à éroder ma confiance. L’idée que les autorités américaines puissent, sur un coup de tête, bloquer l’accès aux données de Google ou Microsoft pendant deux ou trois jours, simplement pour exercer une pression sur l’Europe, ne me semble plus relever du domaine de la science-fiction. Nous avons basculé dans une époque où les relations internationales délaissent le droit au profit de la force brute.
Et je n’ai aucune envie de voir mes données rester bêtement coincées de l’autre côté de l’Atlantique.
Cette image mentale a germé en moi le 15 février 2026 et a déclenché une petite révolution intérieure.
Dimanche 15 février 2026
Ce jour-là, j’ai passé une bonne partie de l’après-midi à interroger différentes IA — ChatGPT, Claude, DeepSeek, etc. — pour évaluer la faisabilité d'une extraction de la toile d’araignée tendue par les géants américains. Ma surprise a été de taille : les alternatives crédibles aux GAFAM étaient bien plus rares que je ne l’imaginais. Je savais que ces géants dominaient le monde numérique, mais pas à ce point.
Parmi les découvertes qui m’ont le plus troublé, Olvid a peut-être tenu la première place : cette solution française de messagerie instantanée, promue par notre gouvernement et permettant de s’assurer que les données sensibles des institutions restent sous contrôle national, utilisait en partie des infrastructures cloud d’Amazon (AWS) pour héberger ses serveurs. Elles étaient en conséquence soumises au Cloud Act, cette loi américaine qui permet aux autorités US d’accéder aux données stockées par des entreprises sous juridiction américaine, où qu’elles soient situées dans le monde.
Le patron d’Olvid, Thomas Baignères, a justifié ce choix par la qualité du service et la stabilité d’AWS, tout en précisant que la sécurité d’Olvid reposait avant tout sur le chiffrement côté appareil, et non sur l’infrastructure serveur. C'est tout le problème des GAFAM, ils fournissent des produits d'une qualité inégalable. Tant pis pour la souveraineté.
Cerise sur le gâteau, le Cloud Act est toujours accompagné de gag orders (ordres de silence) qui interdisent aux entreprises concernées de révéler qu’elles ont reçu une demande d’accès aux données de la part des autorités américaines. Autant dire qu’on ne peut pas croire Amazon ou ses amis lorsqu’ils nous assurent que Non, Grand Dieu ! ils n’ont jamais fourni de données au gouvernement américain et n’en fourniront jamais. Croix de bois, croix de fer. Ils sont déjà en enfer.
Le lundi, ça a débuté comme ça
Par ma Google TV, que j'ai déconnecté de mon compte Google. Premier arrachement. Première douleur.
C'est là qu'on mesure notre dépendance. Mais on s'habitue assez vite et on finit même par y prendre plaisir. Il existe une forme de masochisme derrière les joies de la dégooglisation, malgré un certain désarroi, parce que subitement les choses fonctionnent moins bien.
Mais — paradoxe jouissif — il est possible de demander à Gemini, l'IA de Google, de résoudre nos problèmes. Elle se fait une joie de fournir les réponses les plus précises possibles. C'est là qu'on voit que l'intelligence artificielle est un outil, au même titre que Word ou Photoshop. Si elle était un tant soit peu intelligente, elle serait probablement entrée dans un conflit de loyauté, et m'aurait peut-être menti pour ne pas trahir son père (ou sa mère. Je n'arrive pas à décider si Google est féminin ou masculin). Ou alors elle a fait le choix de trahir sans vergogne.
Mais j'abuse pour le plaisir, parce qu'en vérité, je me suis surtout servi de ChatGPT dans un premier temps. Par la suite, je m'entretiendrai beaucoup avec DeepSeek la Chinoise, puis avec Claude le Mathématicien, pour Linux notamment. En somme, je me suis servi des IA pour passer à Linux et GrapheneOS. C'est à méditer.
(Et je ne sais pas encore quelle conclusion en tirer)
Les critères de choix
Les choses ont pris du temps mais ont fini par se stabiliser.
Premier conseil à suivre absolument : ne pas se presser. Il n'y a pas urgence non plus. C'est un travail de longue haleine. Il est hors de question de perdre des données patiemment accumulées depuis plus de 20 ans sur Google et Microsoft. Ce n'est pas rien. Ce sont nos parents, il s'agit de s'émanciper gentiment, sans crise familiale.
Mes critères ont été assez simples :
Le cas emblématique des navigateurs et des moteurs de recherche
AU FIL DES MOIS, LES SOLUTIONS ADOPTÉES
Voyons maintenant les solutions adoptées sans pour autant entrer dans les détails. Des liens renverront vers des pages plus développées.
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Remplacer les solutions Google
Soyons clairs : toutes les solutions Google sont plus fiables, plus fluides et plus efficaces. De surcroît, elles sont gratuites pour une utilisation basique. Comment pourrait-il en être autrement au regard des milliards de dollars investis dans ces outils : nous sommes le produit, c'est bien connu. J'ai décidé de payer 5€ par mois pour avoir NextCloud et 1To sur un serveur allemand + 1€ par mois pour une messagerie française (Mailo) avec quelques options. Ce sont des choix qui se discutent.
| Solutions Google | Solutions alternatives | Remarques |
|---|---|---|
| Google Drive | NextCloud | Sur un serveur allemand - Wolkesicher dans mon cas |
| Messagerie Gmail | Messagerie Mailo | Messagerie française sur des serveurs français |
| Navigateur Chrome | Brave et Firefox | Brave sur Android et Firefox sur PC |
| Moteur de recherche Google | Moteur de recherche Qwant | Moteur de recherche français (qui utilise l'index Bing de MIcrosoft) |
| Google Maps | Maps Organic ou Herewego | Maps Organic fonctionne mieux avec GrapheneOS |
| YouTube consommateur | XXX | Pas vraiment d'équivalent |
| YouTube créateur | PeerTube | Mais incomparable si l'objectif est économique |
| Google Agenda | NextCloud Agenda | Fait le job |
| Contact Google | NextCloud Contact | Fait le job |
| Google Messages (SMS RCS) | Messages Fossify | Fait le job |
| Suite Google | Collabora sur NextCloud | Je n'utilise pas suffisamment Collabora pour donner un avis pertinent |
| NoteKeep | NextCloud + Joplin | Selon le type de notes que je prends |
| Gemini | Le Chat - Mistral | Je trouve encore Le Chat immature et il m'arrive de passer par Claude ou ChatGPT |
| NotebookLM | XXX | Pas d'équivalent actuellement pour cette IA hors du commun |
Remplacer les solutions Microsoft
| Solutions Microsoft | Solutions alternatives | Remarques |
|---|---|---|
| Windows 11 | Linux Mint | Distribution Linux dont l'ergonomie est la plus proche de Windows. Agréable d'utilisation pour découvrir Linux |
| Microsoft Office Suite | Suite LibreOffice | Pas facile de changer ses habitudes lorsqu'on utilise Word ou Excel depuis des décennies |
| Microsoft 365 | NextCloud et Collabora | Je n'utilise pas suffisamment Collabora pour donner un avis pertinent |
| OneNote | Trilium | Je ne parle de OneNote que parce que je l'ai beaucoup utilisé et que je n'ai jamais trouvé l'équivalent |
Remplacer les applications sur smartphone
| Services divers | Solutions alternatives | Remarques |
|---|---|---|
| Système d'exploitation | GrapheneOS | Système d'exploitation sécurisé compatible avec les applications Android, mais uniquement installable sur un Pixel |
| Podcast | Antennapod | Compatible avec GrapheneOS |
| Agenda | Agenda Fossify | DAVx5 fait le lien avec NextCloud Agenda |
| Contacts | Contacts Fossify | DAVx5 fait le lien avec NextCloud Contact |
| SMS (RCS) | Messages Fossify | Remplace Google Messages dans mon cas |
| Galerie | Aves Gallery | Synchronisé avec NextCloud |
| Thunderbird (perso) et FairEmail (pro) | Thunderbird sur PC | |